14 – Rêve d’enfant

Natacha, 5 ans ½, attablée dans la cuisine, est toute à son dessin. Elle n’entend pas son papa s’approcher d’elle. Il lui demande ce que représente son dessin. Elle le regarde, surprise par cette question et lui répond : « tu vois bien, c’est moi ! ». Puis, elle plonge à nouveau dans le personnage d’elle qu’elle dessine, où vole autour d’elle des cœurs, des étoiles et des soleils. Son père se penche et aperçoit ce personnage représentant sa fille devant une drôle de machine. Interloqué, il demande à sa fille, « et qu’est ce que tu fais ? ». Natacha, se met debout sur sa chaise pour se grandir un peu et se mettre à la hauteur de son père (enfin, autant que faire ce peu), puis tenant son dessin dans la main gauche, elle commence son explication : « ça (elle désigne le personnage qui représente une femme avec des grandes jambes, un petit corps et une tête toute ronde. Elle a une queue de cheval, elle est vêtue d’une longue robe dont les pieds – plats – dépassent pour se terminer par une courbe), c’est moi quand je suis grande… Tu vois ? »

Son père hoche de la tête.

Elle continue son explication : « et ça (elle désigne la machine qui ressemble à une grosse imprimante avec plein de boutons) c’est ma machine qui fait des cœurs, des étoiles et des soleils… Tu vois ? ». Elle le regarde comme guettant un signe de compréhension… non pas sur le dessin mais sur ce qu’il signifie pour elle.

Son père hoche à nouveau la tête et lui demande à quoi peut bien servir cette machine.

La petite fille répond avec assurance «  Ben, à faire des bonheurs ! »

« mais cela n’existe pas… une machine à bonheur » réplique son père en souriant.

« Mais si… c’est moi qui fait ça !… quand je suis grande comme ça (elle pointe son doigt sur le personnage du dessin) et ben… je fais des bonheurs ! Voilà ».

Son père lui réplique «  il est joli ton dessin, c’est bien ma grande » et retourne à ses occupations.

La petite fille voit son papa s’éloigner et se penche à nouveau sur son dessin, elle s’adresse à ce personnage en dessin avec une grande lucidité, est dit « tant pis… il a pas compris ».

Et c’est ainsi que l’adulte est passé à côté d’une occasion de d’écouter son enfant avec son cœur. Cet adulte qui a oublié qu’il était issu lui aussi de son enfance. Cet adulte qui – par son éducation et les croyances qu’on lui a enseigné – a oublié de s’accorder du temps… à rêver… à partager… un moment de complicité… gratuit… tel un cadeau… un petit bonheur…

En voulant rationaliser les propos de sa fille, il n’a pas pu la laisser exprimer son imagination – qui comme les savoirs théoriques – sont nécessaires à son épanouissement et à sa construction des possibles et des imaginables. Cet adulte s’est laissé encombré des obstacles et des freins que son actualité lui apporte sans autre réflexion tel un automate s’évertuant à réciter une leçon trop bien apprise.

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